Étude CHRONOLOGIQUE

DES ACTIVITÉS POLITIQUES

ET MILITAIRES ROMAINES

en mer noire

L i v r e   P r e m i e r

  

première intervention militaire romaine en Crimée :

causes et conséquences

 Nous rappellerons tout d’abord qu’elle fut la politique de Caligula (37-41) puis de son successeur Claude (41-54) dans les affaires du royaume du Bosphore. Le premier continue à suivre la politique menée depuis Auguste (chapitre 1 ; §.1), le second y met un terme (§.2). C’est également sous Claude qu’une première opération armée eut lieu dans le royaume du Bosphore (chapitre 2 ; §.1 et 2). Les conséquences seront nombreuses. Certaines étaient prévisibles, d’autres à peine soupçonnables, se traduisant notamment par une déstabilisation des populations de la région (chapitre 3 ; §. 1 et 2) et le début de grands mouvements de peuples Sarmates vers l’ouest. L’horizon des Romains s’élargit (§.3) découvrant de nouveaux espaces et de nouveaux peuples dont ils ne mesurent pas l’importance politique (§.4). Ce sera l’apparition pour eux de nouvelles difficultés militaires auxquelles ils devront faire face par la suite sous le règne de Néron (54-68) (chapitre 4 ; §.1), les amenant à s’investir d’avantage en Crimée et sur les côtes septentrionales de la mer Noire (§.2).

  

Chapitre 1

 la politique romaine au bosphore

sous Caligula et Claude

 § 1. la tentative de réunification du Bosphore au royaume du Pont

     Notre étude commence à la mort de Tibère en 37 après J.-C. suivie de celle d’Aspurgos, roi du Bosphore, un an plus tard, en 38 après J.-C. Une période troublée s’ensuit alors à Rome et dans le Bosphore[1].

     Caligula (37-41), le nouvel empereur, reprend la politique d’Auguste et souhaite réunifier à nouveau, au début de son règne, le royaume du Pont et le royaume du Bosphore sous une même couronne, celle de Polémon II roi du Pont[2].

             En effet le grand-père de Polémon II, Polémon I, soutenu par Auguste, était intervenu au Bosphore pour mettre fin à l’usurpation d’un certain Scribonius[3]. L’opération prit d’abord une bonne tournure. Polémon débarqua au royaume du Bosphore sans dommage tandis que Scribonius était mis à mort par les bosporans eux-mêmes. Cependant l’hostilité de la population se reporta vite sur le roi du Pont car elle rejettait l’idée d’avoir un roi étranger. 

La date de la première destruction de la forteresse de Gorgippia serait à relier avec le moment où Polémon lutta pour s’imposer contre la tribu Sarmate voisine des Aspurgiens[4]. La difficulté pour Polémon à réduire cette résistance[5] obligea les Romains à envisager une intervention directe. Agrippa, le général d’Auguste, prépara une expédition depuis Sinope. La menace ne fut cependant pas mise à exécution : les combats cessèrent. Le pouvoir de Polémon était enfin assuré. 

Pour Polémon II cependant, la situation  est différente : les conditions ne sont plus les mêmes qu’au temps d’Auguste[6]. Cela amènera Claude, le successeur de Caligula, à renoncer à ce projet de réunification.

 

§ 2. l’entérinement par Claude de l’échec de la

réunification des deux royaumes

            Polémon II est bien le petit-fils de Polémon I et de la reine Dynamis, arrière-petite-fille de Mithridate Eupator, mais depuis la mort du roi légitime Polémon, tué par les Aspurgiens en 8 de notre ère[7] c’est Aspurgos, un autre fils de Dynamis et d’Asandros qui régna jusqu’à sa mort en 38[8]. Sa position pro-romaine le fit accepter successivement par Auguste (-19/+14) et par Tibère (16-37).

             Aspurgos eut trois fils[9] et Polémon II ne se sent pas de taille à disputer ses droits par la force. Du moins c’était l’avis des historiens[10]. Mais une récente relecture d’une inscription honorifique de Chersonèse prouverait qu’entre le moment où Caligula lui concède "le royaume paternel" en 38 et le moment où Claude reconnaît la séparation des royaumes en 41, Polémon II tenta une action militaire contre le Bosphore. Cette expédition aurait bénéficié du soutien des troupes de Chersonèse et peut-être de celui de l’armée de Mésie[11]. Quoi qu’il en soit, il arriva que chacun resta à sa place : Polémon au Pont tandis que Mithridate (VIII) succéda à son père sur le trône du Bosphore[12].

             Claude (41-54) prend acte, dès le début de son règne, de cet état de fait. Le royaume du Bosphore est reconnu à Mithridate tandis que des compensations de territoires sont données à Polémon en Cilicie[13]

Ainsi Polémon I peut-être considéré comme le dernier roi ayant gouverné sur un vaste ensemble de territoires regroupant le Bosphore, la Colchide et le Pont[14]. Désormais ces trois ensembles géographiques resteront séparés. La situation n’est pas pour autant stabilisée dans cette région comme on pourrait le croire à la suite de la décision de Claude. De nouvelles tensions apparaissent, cette fois-ci entre le roi du Bosphore et l’empereur. Elles amèneront les Romains à réaliser leur première grande opération militaire en Crimée.

 

Chapitre 2

 

LA GUERRE DE MITHRIDATE (45-49) ET

SES CONSÉQUENCES IMMÉDIATES

 § 1. les Romains interviennent en Crimée pour la première fois

  Planche : le Pont-Euxin à la veille de l’intervention de Didius Gallus (45)
            Mithridate avait des ambitions cachées nous dit Dion Cassius et rompait avec la position pro-romaine de ses prédécesseurs[15]. Il alla même jusqu’à préparer secrètement une guerre contre Rome, son principal opposant à ses projets de grandeur. Les préparatifs et ses dessins furent dévoilés à Claude par son propre frère Cotys qu’il avait envoyé en ambassade à Rome pour tromper l’empereur sur ses véritables intentions.

 La réponse de Claude fut rapide ; en 44, Didius Gallus, légat de Mésie fut dépêché à Panticapée avec une partie de ses troupes[16]. C’est la première fois que les légions romaines entrèrent en Crimée[17]. Elles chassèrent facilement Mithridate de la capitale et Cotys (II) fut proclamé roi du Bosphore[18]. Didius Gallus repartit avec l’essentiel de ses forces pour d’autres projets (la Thrace fut annexée en 36), ne laissant à Panticapée que quelques cohortes sous les ordres d’un chevalier romain : Julius Aquila.

             C’est ce moment là que choisit Mithridate pour réouvrir les hostilités et recouvrer son royaume. Il rassembla ses partisans et avec l’appui des Sarmates Siraces, commença par agresser le royaume des Dandarides proche et allié du Bosphore. Ce fut la recherche d’alliés ; tandis que Mithridate pouvait compter sur le soutien des Siraces, Cotys et Aquila convainquirent facilement les ennemis traditionnels des Siraces, les Aorses, de se joindre à eux. Une répartition des taches suivant la qualité des troupes de chacun fut adoptée du côté des Romains. La tactique romaine fut la bonne. Les Siraces furent vaincus et Mithridate de nouveau prit la fuite. Il choisit de se rendre au roi des Aorses, Eunonès. Claude opta pour la prudence et la clémence. Mithridate fut emmené en captivité à Rome. 

             Que tirer de ce conflit dans le Bosphore et le long du Palus-Méotide ?

  

§ 2. les premières constatations

 

            Pour la première fois les armées romaines interviennent au nord de la mer Noire. Les Romains n’iront jamais aussi loin vers le nord que lors de cette guerre. Tacite précise qu’au moment où Zorsinès, roi des Siraces, fit sa soumission, les troupes romaines ne se trouvaient plus qu’à trois jours de marche du fleuve Tanaïs[19], fait si extraordinaire que Tacite se sent obligé d’ajouter aussitôt que l’exploit est avéré. L’armée romaine en tirera une grande gloire[20], notamment lors de la soumission de Zorsinès.

             Nous avons aussi, grâce à Tacite, les traits caractéristiques d’un conflit livré contre une peuplade Sarmate. Les conseillers de Claude, au moment de savoir s’il faut ou non récupérer Mithridate chez les Aorses par la force[21], rappellent « les dangers d’une guerre à entreprendre dans un pays sans routes et sur une mer sans ports ; de plus, il s’agissait de rois guerriers, de peuples errants, d’un sol improductif ; et que dire des ennuis de la lenteur (des communications et des déplacements) ». Rappelons que le voyage de retour des troupes romaines s’est effectué par mer, et qu’une violente tempête causa le naufrage de plusieurs navires dont les équipages (notamment le préfet de cohorte) périrent noyés ou tués sur les plages de Tauride par les populations locales hostiles.

             La victoire militaire, c’est bien sûr et avant tout pour les Romains, une victoire politique. C’est de nouveau l’alignement de la politique du royaume du Bosphore sur celle de Rome. Les monarques bosporans qui succèdent à Cotys ne doivent leur trône qu’à Rome. Ils fondent une partie de leur légitimité sur leur statut d’ami et allié des Césars[22].

             Cependant les conséquences de cette guerre dépassent largement le cadre du simple conflit de succession que les Romains auraient souhaité. De grands changements ethniques et politiques se sont opérés dans les steppes à la suite de leur action et les répercussions seront aussi importantes qu’imprévisibles, se traduisant notamment par des déplacements de populations. En raison de cela, cette première intervention militaire en Crimée en entraînera d’autres.

 

Chapitre 3

  

Siraces, Aorses et Alains : LA NOUVELLE DONNE

GÉOPOLITIQUE OU L’ « ERREUR » D’AQUILA

 

§ 1. l’hostilité entre Aorses et Siraces et l’importance des cols

 

Nous devons bien réaliser que la compréhension de la politique romaine en mer Noire dépend d’une certaine connaissance de ce qui se passe dans les steppes d’Ukraine et du Caucase. Le lecteur, invité à s’éloigner quelque peu des côtes du Pont-Euxin, comprendra par la suite la nécessité de cette digression.

Nous allons pour cela commencer par nous représenter la situation ethnique du IIème-Ier siècle avant J.-C., celle décrite par Strabon. Certes les détails donnés dans sa "Géographie" ont été complétés vers 18 après J.-C. mais l’archéologie vient à point confirmer la situation présentée ce qui nous permet d’avoir quelques certitudes[23].

 Une nouvelle poussée de peuples vers la fin du IIème siècle avant J.-C. est probablement causée par l’apparition dans le sud de la Russie de nouvelles tribus iraniennes se déplaçant en grand nombre vers l’ouest et auxquelles on aurait donné le nom de Sarmates[24]. Il faut savoir que le terme "Sarmate" couvre des tribus nomades aux origines iraniennes et que nous avons le plus souvent à faire à des fédérations de tribus[25]. Strabon nous fait répartir ces nouvelles tribus en deux groupes, selon qu’elles se situent à l’ouest ou à l’est des steppes du nord du Caucase[26]

Dans le premier groupe, le rôle prédominant est joué par les Roxolans, situés entre le Tanaïs (Don) et le Borysthène (Dniepr). Ils ont été assez puissants pour, dans leur avance, pousser les Iazyges an-delà du Dniepr[27].

 Le second groupe est constitué, pour le principal, de deux tribus : les Siraces et les Aorses[28]. Les premiers, installés le long de la vallée du Kuban au sud-est des steppes de Ciscaucasie. Les seconds, plus puissants, sont à la fois plus au nord et à l’ouest c’est-à-dire entre la mer d’Azov et la mer Caspienne.

             Nous connaissons la très grande rivalité qui existe entre les Aorses et les Siraces. Shchukin nous propose une explication d’ordre économique[29]. Les Aorses, selon Strabon, commerçaient activement et favorisaient le commerce entre les steppes de la Volga et de l’Oural avec la Transcaucasie[30]. Le seul passage qu’ils contrôlaient à travers les monts du Caucase, est la passe du Derbent. Or elle n’est pas praticable tous les étés, cela dépend du niveau de la mer Caspienne. De l’autre côté, la passe du Darial donne directement sur l’Ibérie, et reste toujours ouverte ; malheureusement elle est sous le contrôle des Siraces. Sa possession faciliterait le commerce des Aorses.

             Leur hostilité se répercute dans les affaires étrangères des autres peuples du Caucase. En 35 après J.-C., un conflit (poussé par Rome) oppose les Arméniens et les Parthes aux Albaniens et aux Ibériens, alliés des Romains[31]. Des groupes de Sarmates sont appelés par chacun des camps. Il n’est pas difficile de retrouver les Siraces du côté des Ibériens qui les font venir par ce que Tacite nomme les "Portes Caspiennes". De l’autre côté l’aide des Aorses à leurs partenaires commerciaux Parthes, est moins efficace car le passage du Derbent est à ce moment là est impraticable. Les Siraco-Ibériens ont le dessus dans les combats.

             L’aide de Sarmates aux Ibériens n’est à ce moment là pas un fait nouveau ; Strabon précise qu’"en cas d’alerte, ils (les Ibères) mettent en ligne plusieurs dizaines de milliers d’hommes levés tant chez eux que chez les Scythes et les Sarmates"[32]. Les liens sont donc étroits de part et d’autre du col.

             Nous retrouvons cet antagonisme une vingtaine d’années plus tard, lorsque Mithridate, fort de l’appui des Siraces tente de recouvrer son royaume. Aquila et Cotys n’ont, semble-t-il, eut aucun mal à convaincre Eunonès, le roi des Aorses, de se joindre à eux. Cet équilibre des forces va disparaître en Ciscaucasie avec l’intervention romaine pour faire place à une nouvelle situation ethnico-politique.

 § 2. la nouvelle situation ethnique au nord du Caucase

             Après avoir traversé le territoire des Dandarii, la coalition Aorso-Bosporano-Romaine arrive en territoire Sirace. Vient la soumission de Zorsinès, et les romains rentrèrent par mer. Les Aorses durent récupérer la passe du Darial tant convoitée. La situation ethno-culturel au nord du Caucase, en tout cas, semble avoir changé au milieu du Ier siècle après J.-C.[33] L’hégémonie des Siraces au nord du Caucase est sur le déclin. 

Les traditionnels rites funéraires des Siraces sont alors remplacés par d’autres formes d’inhumation aux caractères Sarmates également, mais des steppes de la Volga[34]. Bien entendu on pouvait logiquement penser que les Aorses seraient les nouveaux venus dans la région. Ce n’est cependant pas cette situation qui nous est donnée par les sources littéraires : ce sont les Alains qui apparaissent dans les textes littéraires comme la principale tribu Sarmate de la région et détentrice du fameux col du Darial au milieu du Ier siècle après J.-C. tandis que le nom même d’"Aorses" disparaît dans ces mêmes sources[35].

             La première apparition des Alains daterait de 35 après J.-C. si l’on en croit Flavius Josèphe[36]. S’ils faisaient partie de la confédération des Aorses, ils auraient alors profité de la guerre avec les Siraces pour en quelque sorte "prendre le large"[37]. A moins qu’ils ne soient intervenus comme alliés des Aorses, ou tout simplement à la suite d’une nouvelle migration[38]. Toujours est-il qu’il n’y avait pas d’unité Sarmate à cette époque, les tribus font et défont les alliances. Les Alains ne deviendront vraiment prédominants que sous le règne de Néron, ils seront alors connus comme le peuple Sarmate le plus important du nord du Caucase[39]. Retenons seulement qu’une nouvelle force politique dominante a fait son apparition en Ciscaucasie.

             Pour les Romains, la guerre de Mithridate élargit aussi leur champ d’action politique. Les préoccupations militaires que va donner cette zone périphérique aux empereurs romains ne se traduit cependant pas par une réelle connaissance du mode de vie des peuples nomades.

 

§ 3. l’horizon romain s’élargit

 

            Avant le conflit romano-bosporan, les Romains n’avaient jamais eu de contacts avec les plus puissantes tribus Sarmates. Seul le conflit de 49 leur a permit de contracter une alliance avec un de ces groupes, les Aorses contre un autre groupe allié à leur ennemi Mithridate, les Siraces[40].

 Mais même dans ce cas, le contexte inscrit cette alliance dans la lutte entre le candidat romain au trône du royaume du Bosphore et son frère évincé. Les tribus Sarmates ne constituent alors qu’un contexte politique mineur autour de la seule entité politique qui compte dans la région : le royaume du Bosphore.

Les considérations romaines seront tout autres lorsqu’il leur faudra supporter, une dizaine d’années plus tard, cet état-client contre la pression des Scythes de Crimée. Les Sarmates deviendront alors un réel sujet de préoccupation.

 Si on peut réellement dire que l’horizon romain s’est élargi à la suite de la guerre de 45-49, on peut également préciser que les Romains n’ont pas pleinement conscience de l’importance des populations nomades dans la stabilité du Caucase, de l’Ukraine et du nord du Danube. Une simple intervention militaire de la part d’un état constitué aux possessions stables (l’Empire romain) dans les affaires internes d’un autre état constitué (le Bosphore) s’accommode aisément de l’aide ou de l’opposition de tribus Sarmates. Elles font partie du conflit, du point de vue romain, comme des soutiens de second rang. Mais les Romains pouvaient difficilement concevoir que ces mêmes tribus Sarmates puissent être régies par leurs propres règles, celles propres aux nomades.

 Les états stables de la Méditerranée et de l’Orient par exemple, ont pleinement conscience de la puissance romaine et des dangers auxquels ils s’exposent s’ils tentent de s’opposer aux désirs de Rome. N’ayant pas les mêmes moyens militaires que les empereurs romains, les rois-clients se voient obligés d’aligner leur politique avec celle de leur "protecteur" s’ils ne veulent pas subir des représailles[41]. Les peuples Sarmates ne perçoivent pas ce danger de la même manière. Etant toujours en instance de migration, ils peuvent s’éloigner de l’endroit d’où vient le danger. Les Sarmates ne disposent pas de biens fixes que d’autres peuples peuvent menacer. Ils se soustraient ainsi aux formes de pression que Rome utilisera pendant toute la première moitié du Ier siècle après J.-C. contre les états-clients de l’Anatolie.  Seuls entrent en considérations le choix d’abandonner des terres pour d’autres, ainsi que l’idée d’abandonner les liens commerciaux qui s’étaient établis durant la période où ils occupaient ces mêmes terres[42].

 Les mouvements de population à une telle échelle et sur de telles étendues n’étaient pas soupçonnables. Les Romains n’en percevaient que les conséquences mais ne connaissaient pas réellement les causes qui les régissaient. C’est ce que l’on a appelé l’« erreur » d’Aquila[43].

 

§ 4. l’ « erreur » d’Aquila

 

            Pour parvenir à sa mission qui est le maintien de Cotys sur le trône du royaume du Bosphore, Aquila tendit la main aux Aorses contre les Siraces. Il ne pouvait pas se douter qu’au-delà des résultats immédiats (la victoire sur Mithridate), il allait par contre-coup influencer sur des changements de situations sur le Bas-Danube, en Transcaucasie, en Crimée et modifier les relations entre Parthes et Romains.

             La passe du Darial ne resta pas longtemps entre les mains des Siraces, alliés traditionnels, comme nous l’avons vu, des Ibères, eux-mêmes alliés des Romains. Le col passa entre les mains d’alliés d’un instant, les Aorses[44], qui en perdirent d’ailleurs très vite le contrôle[45]. On ne se doutait pas alors que se seraient leurs voisins, les Alains, qui franchiraient le col pour se livrer, de leur propre initiative, à des opérations de pillage en Transcaucasie en 72[46], c’est-à-dire 23 ans après le conflit Siraco-Aorsien.

             Cotys, quant à lui, se voit obligé de faire face à l’afflux des ses alliés Aorses, désormais à l’étroit avec leurs frères Alains. Grâce à l’apparition au milieu du Ier siècle après J.-C. d’un nouveau type de monuments funéraires à Gorgippia, cité grecque de la côte est du détroit de Kertch, nous savons qu’une partie des nouveaux habitants dans la ville étaient des Aorses, probablement installés là par Cotys[47]. De la même manière une partie de ses alliés est installée sur les terres de Néapolis en Crimée à une époque où les colons avaient à faire face aux tentatives d’indépendance de la part des Scythes de Crimée[48].

             Les répercussions du conflit Romano-Bosporan de 45-49 ne restèrent pas localisées dans le Caucase et dans le royaume du Bosphore. De profonds changements se sont opérés, également au milieu du Ier siècle, dans les steppes d’Ukraine. Une grande migration de populations Sarmates vers l’ouest va amener les Romains à intervenir une nouvelle fois au nord de la mer Noire et le long du Danube.

  

Chapitre 4

 

 NÉRON ET Le nord de la MER NOIRE

 

§ 1. les dernières conséquences de l’ « erreur » d’Aquila

au nord de la mer Noire et en Europe centrale

  Planche : situation au nord de la mer Noire au lendemain de la guerre de Mithridate
            La comparaison des sources écrites nous permet d’avoir une assez bonne connaissance de la situation politique et ethnique au nord de la mer Noire et en Europe centrale au milieu du Ier siècle. Si l’on compare les données de Strabon[49] qui finit d’écrire sa Géographie vers 18 après J.-C. à celles de Pline l’Ancien[50] mort en 79 après J.-C., nous constatons un déplacement de population Sarmates vers l’ouest.

 Une nouvelle série d’inhumations Sarmates datées du milieu du Ier siècle après J.-C. fait son apparition dans la région du moyen Dniepr. A la même époque les différents sites de la culture locale, celle dite de "Zarubincy", disparaissent brutalement. C’est la confirmation par l’archéologie de migrations vers l’ouest[51].

 La situation apparaît différente dans la région du Bas-Dniepr. La région apparaît comme propice à la vie des nomades Sarmates, mais elle est sous le contrôle des Scythes qui construisirent une série de places fortes le long du fleuve. Znamenska, la plus éloignée, connaîtra une fin brutale[52]

            Il semble a priori peu probable que les Roxolans, apparus dans la région, entre Dniepr et Don, au deuxième siècle avant J.-C. aient été les agresseurs. Au contraire leurs rapports semblent avoir toujours été bons, les Roxolans portant assistance militairement à leurs voisins Scythes[53]. Les fortifications sur le Dniepr ne semblent pas avoir été dirigées contre eux, mais contre les nouveaux venus.

             Les groupes Sarmates hostiles qui arrivèrent entre la première moitié du Ier siècle et la première moitié du IIème siècle après J.-C. semblent se répartir, selon les données actuelles de l’archéologie, en deux ou trois vagues successives[54].

             Il est intéressant de noter que c’est précisément dans la seconde moitié du Ier siècle après J.-C. qu’Olbia passe sous le contrôle de deux rois portant des noms Iraniens : Farzoi et Inensimei. La numismatique constitue l’unique source dont nous disposons sur cet événement. Jusqu’à maintenant on ne pensait qu’à une domination Scythe, mais l’idée d’une domination Sarmate fait de plus en plus d’adeptes[55]. Sur ces monnaies apparaissent une tamga, c’est-à-dire l’emblème de la famille (ou du clan). Cette pratique était surtout répandue chez les Sarmates. Il est nécessaire de s’arrêter quelques instants sur le problème[56]

            Un nouveau type de pièces en cuivre fait son apparition à Olbia en 48-49 après J.-C. les monogrammes de "premier archonte" (RA), fonction apparemment inamovible et au nom jamais précisé (seule l’année de la charge est indiquée), sont gravés sur le revers.

 Des pièces identiques mais en or cette fois indiquent lors de la 7ème année de la fonction de premier archonte, la titulature complète de "Farzoi roi" (BASILEWS FARZOIOU). Les deux séries se succèdent et elles sont données à Farzoi, d’abord qualifié de magistrat principal de la cité, puis au bout de sa 7ème année de règne, la dénomination est claire, il est reconnu roi. La cumulation des titres de roi et d’archonte n’est pas un cas isolé, on la retrouve chez les rois du Bosphore[57].

             L’interruption des frappes de ces monnaies à la mention de ce roi est définitive en 62. Elle est due à un changement de situation côté romain. Néron a succédé en 54 à Claude, mais surtout six ans plus tard, en 60, Tibérius Plautius Silvanus Aelianus est nommé légat de Mésie[58].

 Ce personnage doit faire face, deux ans après son arrivée, à la dégradation de la situation au nord de la mer Noire et aux difficultés causées par la pression des Sarmates sur sa province[59]. Il va intervenir énergiquement sur le Danube  pour protéger la Mésie mais aussi en Crimée et à Olbia : pour la première fois les Romains se voient obligés d’intervenir sur les côtes septentrionales de la mer Noire. Leur champ d’action s’élargit.

              

§ 2. l’intervention romaine de Ti. Plautius Silvanus Aelianus et le contrôle de la situation au nord de la mer Noire

 

            Les exploits de Ti. Plautius Silvanus nous sont bien connus car il a pris soin de les relater sur une inscription en marbre, presque intacte, retrouvée non loin du Tibur en Italie contre le mausolée de sa gens, les Plautia[60]. L’inscription aurait été rédigée entre 74 et 79, mais les faits rapportés se situeraient vers 62[61].

 L’ampleur des déplacements de population à cette époque est ainsi connu. Ainsi le texte dit[62] "(…) légat propréteur de Mésie, en laquelle il transféra plus de cent mille Transdanubiens, pour leur faire payer tribut, avec leurs femmes, leurs enfants, leurs chefs et leurs rois". Ce transfert concernerait les Gètes, et ne constituerait nullement une opération de police à caractère hostile sur la frontière. La pression sur les tribus Daces exercée par les Iazyges et les Roxolans serait devenue insupportable[63]

            "il écrasa dès son début la révolte des Sarmates (…) ; aux rois des Bastarnes et des Roxolans il leur rendit leurs fils (…) ; il obligea aussi le roi des Scythes à lever le siège de Chersonèse, ville située au-delà du Borysthène".

                       Les Scythes, qui avaient retrouvé une certaine unité et indépendance, firent le siège de Chersonèse. Ses habitants firent alors appel, non aux rois du Bosphore alors leurs protecteurs, mais aux Romains[64]. Des contingents de Mésie effectuent pour la première fois de leur histoire des opérations militaires dans la presqu’île de Crimée. Elles se soldent par la levée du siège de la ville[65].

             Il n’y a pas de mention en revanche d’une intervention dans les affaires d’Olbia. Pourtant l’arrêt des frappes de monnaie du roi Sarmate Farzoi correspond au moment où Ti. Plautius effectue ses opérations sur les côtes septentrionales de la mer Noire[66].

             Nous avons la chance d’avoir maintenant à notre disposition un document épigraphique trouvé en 1984 dans une basilique médiévale de la forteresse de Mangoup. Elle n’a été publiée que très récemment dans l’Année Epigraphique[67]. Malheureusement, ne connaissant pas le grec je me fie entièrement au commentaire, mais j’invite les personnes plus qualifiées à y jeter un coup d’œil car il semble très prometteur :

     Le décret proviendrait d’Olbia, il daterait du milieu du Ier siècle après J.-C. Deux faits sont à retenir. Le premier est l’honneur accordé à un personnage pour avoir effectué une mission auprès des "gouverneurs" de Mésie ; le second est une ambassade chez les rois des Aorses (localisé dans le texte ‘AorsiaV basile/[aV]).

    Il est intéressant de constater que les Aorses ont fait partie de ces déplacements de population au milieu du Ier siècle, et qu'ils ne se sont pas tous arrêtés aux environs de Néapolis comme ceux installés par Cotys. Voilà qui confirme les sources écrites : Pline, en effet, les situaient également au nord du Danube[68].

     Vinogradov, quant à lui, semble grâce à une solide argumentation, identifier le légat de Mésie comme Ti. Plautius Silvanus[69]. Une intervention romaine eut donc bien lieu dans la cité grecque, ce qui expliquerait l’arrêt des frappes d’or au roi Sarmate Farzoi[70].

             Le fait que Ti. Plautius puisse se permettre de rendre les fils (probablement des otages) aux rois des Bastarnes et des Roxolans prouve que la situation semble rétablie entre Dniepr et Danube. Plautius Silvanus en tirera une grande gloire et la fera graver pour la postérité sur son mausolée. Mais surtout les Romains mettent un terme aux derniers remous causés par la guerre de 45-49 en Europe de l’Est. Ils ont dû pour cela s’investir  militairement et politiquement et réalisèrent les premières opérations de grande ampleur pour venir en aide aux cités pontiques du nord de la mer Noire. L’exode des Iazyges poussés contre le Danube par de nouveaux Sarmates est stoppé. On peut désormais dire que la situation au-delà du Danube est stabilisée. Les Romains en ont fini avec les dernières répercussions de l’ « erreur d’Aquila ».

    Tous ces épisodes sont à relier, d’une façon ou d’une autre, avec la grande migration des Sarmates vers l’Ouest[71]. Les détails de cette migration et ses causes nous échappent mais il semble qu’il faille bien y voir la rupture d’un équilibre au milieu du Ier siècle. Les Aorses auraient un rôle important dans ce changement avec leur éviction du Ciscaucasie au profit des Alains[72]. Les Romains ont donc contribué involontairement à cette rupture d’équilibre par l’implication des deux principales tribus des steppes du Caucase dans les affaires internes du Bosphore.

     Les différentes répercutions en Crimée, sur les côtes nord du Pont-Euxin et en Europe centrale, ont par la suite nécessité une réponse énergique de la part des Romains sur des problèmes locaux mais de la même origine.

     Grâce à l’action du légat de Mésie, nous pouvons réellement dire que la période de la présence romaine au nord de la mer Noire vient de commencer. Elle ne se traduit pas encore par la présence de garnisons permanentes mais Olbia, Chersonèse et le Bosphore, c’est-à-dire tout ce qui compte comme interlocuteur valable au nord de la mer Noire ont eut à bénéficier de son soutien militaire.

 Tous, sans exception, sont maintenant entrés dans la vision géopolitique de Rome. Deux statues sont ainsi élévées à Chersonèse en l’honneur de Sextius Ventulianus[73] et Sextius Octavianus Frontinus[74], tous deux légats et propéteurs de Mésie, le premier sous Vespasien (69-79), le second sous celui de Domitien (81-96).

    Ils deviendront par la suite, sous Trajan et Hadrien, des lieux permanents de garnisons romaines. Les rois du Bosphore, de par une titulature élargie, se disent "ami de César et ami du peuple romain", un titre qui dénote le rapport de clientèle entre le roi-ami et l’Empereur ; cela, dès l’époque d’Auguste [75].

 Mais sous la dynastie des Julio-Claudiens c’est encore le Pont-Euxin oriental qui domine les préoccupations romaines. Plus particulièrement, c’est sous le règne de Néron avec la reprise de la guerre en Arménie que sera mise en valeur l’importance stratégique de cette mer et la nécessité pour les Romains d’en avoir le contrôle.

Livre Deux

 


[1] Pour une bonne connaissance des relations entre Rome et le Bosphore depuis César voir shchukin (1989b),  pages 104-107.

[2] dion cassius, Histoire romaine, LIV, 12, 2 = isl 6, page 100 ; sartre (1995), page 172 ; luttwak (1987), pages 25 et 29

[3] dion cassius, Histoire romaine, LIV, 24, 4-7 = isl 1, page 95 ; shchukin (1989b), pages 105-107.

[4] aleksejeva (1982), pages 84-85.

[5] shchukin (1989b), page 107.

[6] shchukin (1989f), page 327.

[7] strabon, Géographie, XI, 2, 11.

[8] L’arbre généalogique donné page 19 permet de bien comprendre la situation complexe crée par les droits de chacun sur le trône du Bosphore.

[9] shchukin (1989f), page 327 ; vinogravov (1992), page 139.

[10] shchukin (1989f), page 327.

[11] iospe i², 419, ise, Chersonesus 38, page 49 ; l’argument est présenté par vinogradov (1992), page 139. zubar (1998), page 175 dit, lui, qu’entre la mort de Polémon Ier et la guerre de Mithridate il n’y eut aucune ingérence romaine dans les affaires du royaume.

[12] shchukin (1989f), page 328.

[13] dion cassius, Histoire romaine, LX, 8, 1-2 = isl 7, page 100 ; sartre, page 172 ; luttwak (1987), page 30.

[14] strabon, Géographie, XI, 2, 18.

[15] dion cassius, Histoire romaine, LX, 28, 7 = isl 8, page 101.

[16] tacite, Annales, XII, 15 = isl 9, page 102; ils 9197, ise Terracina 5, page 92; d’après cette inscription le conflit aurait été appelé par les Romains Bellum Mithridaticum.

[17] Peut-être devrions nous dire que c’est la première intervention dont nous soyions certains. Il y a  bien la possibilité qu’une autre opération ait eu lieu sous Caligula (voir page précédente) mais nous ne connaissons pas la nature du soutien de l’armée de Mésie à Polémon (si tel ait été le cas). Nous resterons donc à l’idée que l’intervention de Didius Gallus constitue la première action militaire d’importance sur le sol de la Crimée.

[18] Voir l’arbre généalogique.

[19] tacite, Annales, XII, 17 = isl 9, page 103.

[20] Ce serait au cours de ce conflit que Lucius Coiedius Candidus aurait reçu comme récompense de la part de l’empereur Claude les décorations suivantes : une couronne murale vallaire en or et une haste en fer (ils i, 967).

[21] tacite, Annales, XII, 20 = isl 9, page 104.

[22] heinen (1996), pages 85-86 ; natwoka (1989), page 338.

[23] conole et milns (1983), pages 185-187 ; scukin (1993), pages 323-324.

[24] Une première vague de peuples Sarmates eut lieu au IVème siècle av. J.-C. au nord de la mer Noire. Les Scythes furent relégués en Crimée, dans la zone du Bas-Dniepr et en Dobroudja. shchukin (1989a), pages 91, 93, 95.

[25] smirnov (1980), pages 147-148

[26] strabon, géographie, VII, 3, 17 ; XI, 5, 8.

[27] Les légats de Mésie, de Tibère à Néron, devront faire face sur la rive gauche du Danube à la pression des Iazyges poussés par les Roxolans (demougeot (1969), page 154).

[28] demougeot (1969), page 155.

[29] shchukin (1989f), page 330.

[30] strabon, Géographie, XI, 5, 8.

[31] dion cassius, Histoire romaine, LVIII, 26, 1-3 = isl 4, page 98 ; tacite, Annales, VI, 33 = isl 5, page 99.

[32] strabon, Géographie, XI, 3, 3.

[33] shchukin (1989f), page 331.

[34] shchukin (1989f), page 331.

[35] rostovtzeff (1936), pages 93-94 ; shchukin (1989f), page 332.

[36] flavius josephe, La guerre des Juifs, XVIII, 97 ; bosworth (1977), page 221.

[37] shchukin (1989f), page 330.

[38] conole et milns (1983), page 187.

[39] bosworth (1977), page 222 ; kovalevskaja (1989), page 363.

[40] rostovtzeff (1936), page 95.

[41] sur le système des rois-clients voir luttwak (1987), pages 22-31.

[42] luttwak (1987), page 25.

[43] Je reprends ici le titre de l’article de shchukin : « Bosporan-Roman and Siraco-Aorsian relations. Aquila’s mistake ». Ce n’est pas à considérer comme un jugement sur l’action d’Aquila, cela souligne seulement les insoupçonnables conséquences de ses décisions.

[44] qui étaient de surcroit les alliés des Parthes contre les Ibériens en 35.

[45] shchukin (1989f), page 331-332.

[46] ces pillages ont essentiellement lieu en Parthie, mais envenimeront indirectement les rapports entre vespasien et Vologèse, roi des Parthes (voir livre 2).

[47] aleksejeva (1988), page 85.

[48] shchukin (1988f), page 332.

[49] strabon, Géographie, VII, 3, 17 ; XI, 5, 8.

[50] pline l’ancien, Histoire Naturelle, IV, 12, 80-82.

[51] shchukin (1989c), page 318.

[52] shchukin (1989c), page 319.

[53] shchukin (1989c), pages 321.

[54] shchukin (1989c), pages 321.

[55] shchukin (1989c), pages 322.

[56] Un exposé très clair et complet est donné par shchukin (1989c) aux pages 322-323.

[57] shchukin (1989c), page 322.

[58] conole et milns (1983), page 183.

[59] Les Iazyges, poussés par les Roxolans eux-mêmes sous la menaces d’Alains (demougeot (1969), pages 119, 154 et 206.

[60] ils 986 = ise, Tibur 4, page 91.

[61] halkin (1934), pages 24-31.

[62] La traduction est tirée du livre de p. petit, le premier siècle de notre ère, Paris, 1993, aux pages 73-74.

[63] condurachi (1958), pages 11-12.

[64] halkin (1934), page 30 ; en 179 un traité d’alliance fut conclu sous l’égide de Rome entre Pharnace Ier et Chersonesos (iospe i², 402 ; polybe, XXV, 2). Vers 110 la ville sollicita l’aide de Mithridate Eupator contre les Scythes et passa dans ses possessions (strabon, Géographie, VII, 4, 2).

[65] La réalité d’une opération armée ne fait pas l’unanimité. Pour certains une simple démonstration de force aurait suffit et il n’y aurait pas eu de combats (halkin (1934), page 30 ; bellin de ballue (1972), page 171).

[66] shchukin (1989c) , page 323 ; (1989f), page 333.

[67] ae 1996, 1357 = ise, Olbia 4, page 16.

[68] pline l’ancien, Histoire Naturelle, IV, 12, 80.

[69] vinogradov (1994), pages 169-170.

[70] shchukin (1989c), page 323 ; l’interprétation de zubar (1995) est différente. Pour lui il s’agit d’une alliance entre Olbia et un état client Sarmate, celui de Farzoi, sous l’égide des Romains qui ne pouvaient pas porter une assistance directe.

[71] Un très bon résumé de tous ces événements est donné par scukin (1993), pages 323-324.

[72] conole et milns (1983), page 187 ; demougeot (1969), page 155.

[73] iospe i², 421, ise, Chersonesus 32, page 46.

[74] iospe i², 422, ise, Chersonesus 34, page 47.

[75] heinen (1996), pages 84-85.