Suite
du L i v r e Q u a t
r e
La crise du iiie siècle
§
1. la mutation du monde germanique et l’arrivée
des
Goths sur la côte pontique (238)
Planche : l’expansion germanique du IIIe siècle
Les Germains occidentaux étaient établis près du Rhin et du Danube supérieur et moyen. Plus en retrait, au cœur du continent et sur les bords de la mer Baltique, se trouvaient les Germains orientaux, plus instables politiquement. Au cours du IIIe siècle, se déclenche la grande migration des Germains orientaux. Rome ignore tout des bouleversements internes de la Germanie mais doit faire face à de multiples et soudaines attaques. Les peuplades gothiques accélèrent leur mouvement de descente vers le Sud et le Sud-Est européen et bousculent tout ce qui s’était établi en avant de leur route. Ils atteignent finalement la mer Noire dans les années 230 où ils rencontrent les Sarmates des plaines de Russie méridionale et les Grecs des cités pontiques. Nous distinguerons les Goths de Pontide[1] des Goths dits de Crimée, arrivés plus tardivement, dans les années 250[2].
Le récit en partie légendaire de leur migration est dû à Jordanès, un clerc d’origine ostrogothique, qui écrivait au milieu du VIe siècle[3]. L’arrivée des Goths transforme radicalement la situation politique et ethnique de la Russie méridionale.
L’espace occupé par les populations de la culture dite "Post-Zarubincy" se rétrécit en Ukraine occidentale tandis que les peuples de la même culture de la région du Dniepr se déplacent vers le Nord-Est (région de Kiev et rive gauche du Dniepr)[4].
Les Sarmates et les Alains se retirent quant à eux vers l’Est. Ces bouleversements précèdent l’apparition d’une nouvelle culture appelée "Tchernjahov" issue de la fédération gothique[5].
Et les villes grecques de la mer Noire ? Leur sort n’est qu’imparfaitement connu[6]. Un soldat d’une unité indéterminée fait encore élever, à Olbia, un autel à Mercure en 248[7]. L’étude des monnaies les plus récentes attesterait encore la présence de la garnison romaine dans la ville sous Dioclétien[8]. Puis au cours du IVe siècle, elle voit son site occupé par une population de la culture "Tchernjahov"[9].
Tyra, à l’embouchure du Dniestr, connaît une fin plus rapide. Les fouilles archéologiques ont montré que sa destruction daterait du IIIe siècle ; probablement par les Goths. Son site, en tout cas, est lui aussi occupé jusqu’à l’époque hunnique par des groupes porteurs de la culture "Tchernjahov"[10].
Les Goths qui sont stabilisés sur les bords de la mer Noire n’ont plus grand chose à voir du point de vue de leur composition ethnique avec ceux qui étaient installés sur les bords de la Vistule. De nombreux peuples ont été intégrés au cours de leur migration et les guerres menées contre l’Empire romain au IIIe siècle va accélérer cette évolution[11]. De nombreuses alliances militaires vont se créer et les Goths auront un rôle prédominant dans ces coalitions. C’est ainsi que les Goths de Crimée s’associèrent aux Boranes, populations Scytho-Sarmates de la mer d’Azov[12]. Leurs premières victimes : les villes grecques du royaume du Bosphore Cimmérien.
§
2. la soumission du royaume du Bosphore (250)
et
la désintégration du limes pontique (254-255)
Les événements nous sont très bien connus grâce au récit qu’en fait Zosime[13]. L’histoire des deux premiers raids maritimes des Boranes est à la fois si clair et si vivant qu’il peut-être donné tel quel, sans commentaire supplémentaire.
« Les Boranes tentèrent de passer en Asie, et ils menèrent cette entreprise à bien sans difficulté, grâce aux habitants du Bosphore qui, plus par crainte que par conviction, leur fournirent des navires et les guidèrent durant la traversée. Tant en effet que ceux-ci eurent des rois qui se succédèrent au pouvoir de père en fils, ils persévérèrent, à cause de leur bonne intelligence avec les Romains, de la prospérité des marchés et des cadeaux que les empereurs leur envoyaient chaque année, à bloquer les Scythes qui voulaient passer en Asie. Mais lorsque la famille royale eut été supprimée et que des gens indignes et sans aveu furent devenus maîtres du pouvoir, ils craignirent pour eux mêmes et ouvrirent aux Scythes l’accès de l’Asie par le Bosphore en les faisant passer sur leurs propres navires, qu’ils reprirent pour rentrer chez eux. »
Instabilité politique, rupture du soutien financier et militaire des Romains (la petite garnison de Bithynie-Pont a dû évacuer très vite la capitale), explique le passage du royaume du Bosphore sous l’influence des Goths et de leurs alliés Boranes.
La pression barbare a été plus forte que l’appui romain (devenu inexistant depuis que les difficultés se multiplient dans tout l’Empire). Le rapport de puissance s’est donc inversé en faveur des premiers et le Bosphore Cimmérien est, tout naturellement, le premier à en subir le contre-coup. Les provinces romaines du sud de la mer Noire seront les suivantes à en faire les frais : les Boranes, maître des ports du royaume, sont aussi maintenant en possession d’une flotte servie par des marins aguerris. Ils vont se livrer à ce que les Romains ont toujours craint pour le Pont-Euxin : la piraterie.
Leur première descente vers les côtes caucasiennes a lieu en 254[14]. Sucessianus commande alors l’ensemble des « soldats stationnés dans cette région »[15]. Il se trouve à Pityus lorsque les Boranes décident d’attaquer le fort. L’assaut échoue et une fois l’effet de surprise passé, les pirates doivent reprendre aussitôt le large de peur de voir les autres forts apporter leur soutien aux assiégés. « Les habitants du Pont-Euxin, sauvés, (…) espérèrent que les Scythes ne renouvelleraient plus jamais une telle traversée ». Moins d’un an après, les Boranes sont de retour.
Le limes Pontique était alors privé de son chef, promu préfet du prétoire et parti pour Antioche. Une première attaque contre Phasis échoue mais Pityus succombe rapidement. Enhardis par ce succès, les Boranes se dirigent ensuite sur Trapezus « ville importante, peuplée, et qui, en plus de ses soldats habituels, avait accueilli d’autres forces très considérables ». La ville, bien fortifiée, tombe cependant par un coup d’audace[16]. Le butin de la ville, puis de la campagne environnante soigneusement ratissée, est considérable. Si quelques navires de guerre de la flotte pontique étaient encore dans le port, ils firent alors partie de la « très grande quantité de navires » que les Boranes récupérèrent pour ramener le fruit de leurs rapines au Bosphore[17].
Mais surtout, « lorsque les Scythes des régions voisines virent les richesses qu’ils ramenaient avec eux, ils conçurent le désir d’entreprendre une expédition semblable et équipèrent des navires »[18]. Ainsi commence une série de raids en Asie Mineure, touchant la Thrace et la Grèce.
§
3. la première expédition des Goths de Pontide (256-258/259)[19]
ou
le temps de la surprise
Planche
: première et deuxième expédition maritime des Goths de Crimée
Longeant les côtes de Mésie inférieure et renforcés au passage par
des pêcheurs de la région, les "Scythes" traversent le détroit du
Bosphore Thrace, et arrivent devant Nicomédie sur la rive asiatique[20].
« Bien qu’il y eût une garnison dans Chalcédoine (…) très supérieure en force à l’attaquant, une partie des soldats se retirèrent, sous prétexte qu’ils voulaient aller à la rencontre du général que leur envoyait l’empereur, et les autres furent saisis d’une telle frayeur qu’ils s’enfuirent en désordre dès qu’ils en eurent vent. Grâce à cette circonstances, (… les Barbares) s’emparèrent de Chalcédoine sans rencontrer de résistance et se saisirent de richesses, d’armes, et de la plus grande quantité possible d’autres objets »[21]. Comme pour Trapezus, l’audace ou l’effet de surprise est important et le manque de combativité des défenseurs, pourtant plus nombreux, fait le reste. De grandes villes sont ainsi abandonnées sans grande résistance aux pirates qui amassent, à chaque fois, un butin considérable.
Les principales villes de Bithynie (Nicomédie, Nicée, Kios, Apamée, Prousa) sont ensuite pillées et les Barbares eux-mêmes s’étonnent de l’importance des richesses qu’ils y trouvent. La contre-attaque de Valérien depuis Antioche est aussi inefficace du point de vue militaire que désastreuse pour les villes qui doivent, à son passage, ravitailler l’armée[22]. Ce sont les Goths eux-mêmes qui mettent un terme à leur expédition.
Ces premières années de piraterie en mer Noire sont caractérisées, du point de vue romain, par une faible résistance des défenseurs, des contre-attaques aussi désordonnées qu’inefficaces, et par une absence marquée de la marine de guerre (flotte flavienne de Mésie et flotte pontique). Pour les pirates en revanche le succès est total : le butin est considérable et ramené sans difficulté.
Les Romains viennent de faire la douloureuse connaissance de leurs nouveaux adversaires en mer Noire. La surprise a été totale et désagréable. La fragilité de l’Empire, ici comme ailleurs[23], venait d’être démontrée. Mais les Romains s’adaptent ; et ils vont maintenant montrer leur capacité de résistance et de récupération.
§
4. le temps de l’insécurité (260-268)
Après le retrait des Perses provoqué par l’offensive d’Odenath en Syrie et en Mésopotamie, des raids sont encore lancés en 261-262 contre la Cappadoce et la Bithynie[24]. De nouveaux raids, plus limités, affectent encore Héraclée du Pont en 266[25] tandis que des Hérules ravagent Cyzique en 267[26] et la Pamphylie en 268-269. Des pirates patrouillent en mer Egée de Thessalonique[27] à Rhodes et en Crète[28]. Une dernière grande invasion eut lieu en 275-276, frappant le Pont, la Cappadoce et la Cilicie.
Ce qui ressort à la lecture des différentes expéditions qui eurent lieu entre 260 et 268, c’est que les combats furent beaucoup plus acharnés (ainsi « on combattit en Achaïe, sous le commandement de Marcianus, contre ces mêmes Goths qui, vaincus par les Achéen, quittèrent la région »[29] ou « une bataille eut lieu, très meurtrière pour les deux parties en présence ; les Romains furent d’abord mis en fuite, puis ils tombèrent par des chemins non marqués sur les Barbares qui ne s’y attendaient pas et leur tuèrent cinquante mille hommes »[30]).
L’ennemi est maintenant connu, le danger qu’il représente
aussi. Les pirates ne peuvent plus compter sur l’effet de surprise. Les villes
sont désormais mieux préparées à les recevoir (« ils construisirent
six milles navires, s’y embarquèrent au nombre de trois cent vingt mille,
firent voile à travers le Pont et furent violemment repoussés au cours de leur
assaut contre la ville fortifiée de Tomes ; ils continuèrent ensuite leur
route et s’avancèrent contre Marcianopolis, qui est une ville de Mésie ;
n’ayant pu s’en emparer, ils poursuivirent leur navigation plus avant avec
le vent en poupe[31] »
ou bien « une part des Scythes (…) ravagea ces régions et, incapable de
s’en prendre aux villes – qui s’étaient empressées de veiller à l’état
de leurs murs et aux mesures de sécurité – emmena les hommes trouvés dans
le plat pays »[32]).
Les incursions barbares deviennent à la fois plus lentes et plus dangereuses (« les Scythes envahirent la Cappadoce où ils occupèrent plusieurs cités puis, après une guerre longue et indécise, se lancèrent contre la Bithynie »[33]) à défaut d’être stoppées.
La marine de guerre entre enfin en action et livre de sérieux combats aux unités pirates (« Les Scythes, qui avaient équipé une flotte, parvinrent à Héraclée d’où ils retournèrent chez eux chargés de butin ; beaucoup cependant, vaincus en combat naval, périrent dans le naufrage de leur bateau »[34] ou « des combats eurent lieu dans la région du Pont (…) de leur côté les Goths furent défaits au cours d’une bataille navale par le général Vénérianus, qui mourut lui-même au combat »[35]).
Contrairement aux expéditions de 255 et 256/8 où les pirates avaient rembarqués avec leur butin sans être inquiété, c’est maintenant le plus souvent sous la pression des soldats qu’ils mettent un terme à leur expédition. « Au même moment, les Scythes furent également écrasés en Asie et refluèrent dans leurs propres territoires »[36].
§
5. Claude II « le Gothique » (268-270)
Gallien est assassiné devant Milan en septembre 268. Lui succède un personnage extraordinaire au règne court : Marcus Aurelius Claudius, dit Claude II. L’admiration de l’auteur de l’Histoire Auguste est manifeste. Il a, à son actif, de belles réussites, comme la défaite des Alamans qui avaient envahi l’Italie du Nord au lac de Garde en 269. Il est ensuite victorieux des Goths dans une grande bataille à Naissus (Mésie supérieure) au début de 270[37]. Succès qui lui valut le surnom de « Gothique ». Il mourut de la peste cette même année.
La victoire de Naissus est un tournant dans la guerre contre les Goths de Pontide. Le règne de Claude II est ensuite marqué par un ratissage un peu partout en Mésie, en Grèce, des bandes de pillards[38]. Les raids deviennent moins nombreux et regroupent des effectifs plus réduits. Quelques groupes sont bien encore signalés en Crète, à Rhodes, à Chypre[39] mais le temps des grandes expéditions maritimes est bien fini. La maladie décimera les derniers pirates de la mer Egée.
Lac romain pendant deux siècles, la mer Noire est devenue au milieu du IIIème siècle une ligne de démarcation entre deux mondes hostiles. Les cités grecques qui se trouvaient au milieu ont eu des destinées différentes. Olbia et Tyra disparaissent. Chersonesus échappe à toute domination et à toute destruction étrangère et continue à entretenir de bons contacts avec les Romains mais le royaume du Bosphore, plus soumis à la pression des Goths et des Sarmates, est secoué par des querelles intestines. Cette phase d’instabilité s’est traduite également par un retrait des forces romaines de Colchide. Plus un seul fort n’est occupé après celui qui ne se trouve qu’à deux jours de navigation seulement de Trapezus.
[1] Pour Zosime et le (ou les) auteur(s) de l’Histoire Auguste, les Goths de Pontide sont appelés "Scythes" tandis que les Goths danubiens sont assimilés aux anciens "Gètes" de Thrace.
[2] demougeot (1969), pages 417-418.
[3] jordanes, Histoire des Goths, I, 4-5 = isl 30, page 123.
[4] kazanski (1991), page 31. De nombreux habitats du littoral et du Dniepr inférieur sont abandonnés.
[5] kazanski (1991), page 31.
[6] L’histoire auguste, Maximus et Balbinus, 16, 3. indique qu’en 238 les Goths pillent Histria sur la côte pontique. Pourtant, un peu plus loin, la ville ne montre aucun signe de destruction lorsque Gordien III vient y séjourner en 240. demougeot (1969), page 256 apporte un début de réponse : "les Goths apparaissaient sur la côte pontique et pillaient Histria, date fatidique, quoiqu’il ne s’agissait pas d’Histria, mais seulement d’Olbia" (nous l’excuserons, au passage, de l’oubli des guillemets pour le "seulement"). Plus logique géographiquement (Olbia est au débouché des voies migratoires des Goths tandis qu’Histria se trouve au sud du Danube) l’idée n’en est pas moins contredite par l’épigraphie et la numismatique.
[7] Troisième consulat de l’empereur Philippe et deuxième consulat de son fils, Philippe II (ae 1904, 164 = ise, Olbia 1, page 14.
[8] bortoli-kazanski et kazanski (1987), page 441.
[9] bortoli-kazanski et kazanski (1987), page 441.
[10] bortoli-kazanski et kazanski (1987), page 441. Tyra pourrait bien être la cité détruite en 238.
[11] kazanski (1991), page 31.
[12] demougeot (1969), page 418.
[13] zosime, Histoire nouvelle, I, 31, 1-3 = isl, 31, page 124.
[14] zosime, Histoire nouvelle, I, 32, 1-2 = isl 31, page 125.
[15]
Il devait vraisemblablement avoir la même fonction que Numérius Marcius
Plaetorius Celer,
primipile
et "préposé aux troupes
déployées dans le Pont, à Apsarus" (cil
x, 1202).
[16] zosime, Histoire nouvelle, I, 33, 1-2 = isl 31, page 125.
[17] zosime, Histoire nouvelle, I, 33, 3 = isl 31, page 127.
[18] zosime, Histoire nouvelle, I, 34, 1 = isl 33, page 127.
[19] La troisième en mer Noire. La seconde pour Zosime qui réunit en une seul les deux expéditions des Goths de Crimée.
[20] zosime, Histoire nouvelle, I, 34, 1-2 = isl 33, page 127. Leur intention étant de faire du butin, ils ne prirent pas le même chemin que leurs prédécesseurs qui avaient ravagés l’est de la mer Noire.
[21] zosime, Histoire nouvelle, I, 34, 3 = isl 33, page 128.
[22] Une armée décimée au passage par la "peste". L’offensive fut en outre stoppée par l’annonce d’une nouvelle offensive perse en Syrie. zosime, Histoire nouvelle, I, 35-36 = isl 33, page 128.
[23] Pour la première fois l’Empire était envahi au IIIe siècle sur plusieurs fronts, et à plusieurs reprises, par des ennemis nouveaux et plus nombreux.
[24] histoire auguste, Les deux Galliens, XI, 1 = isl 36, page 130.
[25] histoire auguste, Les deux Galliens, XII, 6 = isl 37, page 131.
[26] histoire auguste, Les deux Galliens, XIII, 6-8 = isl 38, page 131.
[27] zosime, Histoire nouvelle, I, 43, 1 = isl 40, page 133.
[28] zosime, Histoire nouvelle, I, 46, 1 = isl 44, page 135.
[29] histoire auguste, Les deux Galliens, VI, 1 = isl 35, page 129.
[30] zosime, Histoire nouvelle, I, 43, 1 = isl 40, page 133.
[31] zosime, Histoire nouvelle, I, 42, 1 = isl 40, page 132.
[32] zosime, Histoire nouvelle, I, 43, 2 = isl 40, page 133.
[33] histoire auguste, Les deux Galliens, XI, 1 = isl 36, page 130
[34] histoire auguste, Les deux Galliens, XII, 6 = isl 37, page 131.
[35] histoire auguste, Les deux Galliens, XIII, 7 = isl 38, page 131.
[36] histoire auguste, Les deux Galliens, VII, 3 = isl 35, page 129.
[37] histoire auguste, Le divin Claude, VIII, 2-4 = isl 41, page 134.
[38] histoire auguste, Le divin Claude, IX, 3-4 ; 7-9 = isl 42, page 134.
[39] histoire auguste, Le divin Claude, XII, 1 = isl 43, page 135 et zosime, Histoire nouvelle, I, 46, 1 = isl 44, page 135.